L’inflation des dépenses logicielles (et cloud)

 

En 2015, l’inflation en France, au sens de l’INSEE, était de 0% après 0.5 % en 2014. Pour de multiples raisons micro et macro-économiques (taux d’intérêts bas, prix des matières premières en baisses, salaires stables, gains de productivité…), les prix n’augmentent plus. Dans le même temps, le marché du logiciel a cru de 3.4 % en 2015 pour atteindre 11 Mds d’€ en France (Syntec – IDC). 80% de ce montant concerne les entreprises. Cette croissance est une bonne nouvelle pour notre économie, c’est indéniable. Mais la digitalisation, le cloud ou les nouveaux usages ne peuvent à eux seuls justifier de tels niveaux de croissance.

Une entreprise du CAC voit sa dépense logicielle augmentée de 3 à 10 % par an (source Elée).

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5 facteurs principaux expliquent cette hausse : l’augmentation de la consommation de logiciels, l’explosion des usages à tous les niveaux de l’entreprise, l’augmentation des prix unitaires (licence, maintenance, souscription), l’enrichissement des produits (plus de fonctionnalités, de vitesse, de puissance) et les métriques. Ces facteurs qui sont résumés dans l’illustration ci-dessous n’ont pas le même impact suivant les situations.

Pour les logiciels utilisés de longue date (le legacy), c’est la croissance organique , qui se traduit au niveau IT par la croissance du nombre (ou de la puissance) des infrastructures matérielles et virtuelles, qui représente la principale cause d’inflation. Les DSI gère aujourd’hui plus de machines que dans le passé, en particulier les serveurs, entraînant de facto un accroissement des coûts des licences. Les prix des logiciels étant encore, pour la plupart, basés sur le nombre de machines (ou de composants de ces mêmes machines : CPU, core…) , on assiste à une hausse des dépenses au fur et à mesure que le nombre de processeurs croit.

Les éditeurs innovent aussi commercialement. Leurs politiques de prix s’adaptent, et se complexifie, en permanence pour pour maintenir des niveaux élevés de revenus. Il y a 15 ans, les OS, les MiddleWare ou les bases de données s’achetaient principalement au serveur (1 licence pour 1 serveur). Avec la multiplication des processeurs, puis des cores par processeur, les métriques ont évolué. Désormais, ces même logiciels se vendent au core , voire au core virtuel et non plus par machine, avec pour conséquence une explosion des coûts licences. L’enrichissement fonctionnel des produits parfois utile aux clients, les nouveautés et les changements de « package » (plus de fonctionnalités pour un même « produit ») tirent naturellement, comme dans l’automobile ou la téléphonie, les prix à la hausse.

Enfin, les clauses contractuelles prévoyant l’indexation annuelle des maintenances et l’évolution des price list contribuent largement, et insidieusement, à une inflation d’environ 2 ou 3 % des coûts de support par an en moyenne pour un service identique. Qu’en sera-t-il quand tout le monde aura migré dans le cloud ?

Les achats, souvent imprévus et douloureux, visant à régulariser des situations de non-compliance (déficit de licences comparé aux installations et usages réels) ont eu un impact réel sur les budgets, surtout depuis 2010. Ce phénomène ne touche qu’une partie des éditeurs et principalement les grandes entreprises et administrations. Mais cela représente des enjeux significatifs, car ce sont les éditeurs leaders et très largement déployés sont le plus enclins à lancer des audits dont les conséquences se chiffrent en millions d’euros (rachat de licences au prix catalogue, application des nouvelles règles, pénalités, frais liés à l’audit, transaction – achats anticipés…).

 

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Les nouveaux usages liés à la « technologisation » de l’entreprise et du monde en général sont une autre explication, plus justifiée, de cette inflation. Des pans entiers des organisations, jadis peu informatisés, ont subi des transformations majeures entraînant de nouveaux usages et donc des déploiements logiciels (informatisation des fonctions supports :SIRH, Marketing et digital asset management, e achat ; Collaboratif ; Mobile, E commerce ….). La digitalisation s’accompagne de nouveaux modèles commerciaux dont on ne maîtrise pas encore les conséquences : moins de licences, plus de services et d’abonnements payables au mois ou à la consommation. Par conséquent, il devient difficile  de prévoir les coûts des services à moyen long terme. Sans une politique achats adaptée, les entreprises risquent de se voir opposer des augmentations de prix des « abonnements » importante une fois les solutions déployées. Ne possédant plus les licences, elles n’auront pas d’autre choix que d’accepter ces hausses, sauf à trouver des alternatives crédibles.

Cette inflation peut néanmoins être contrôlée, voire, dans certains cas, en particulier pour le legacy, totalement jugulée notamment grâce à une meilleure gestion des actifs logiciels, une politique SAM élaborée couplée à une stratégie achat innovante et offensive.

@suivre…

 

 

M Meny

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