Le cloud représente une évolution significative dans la manière d’opérer des infrastructures et des services informatiques. Une nouvelle couche qui s’empilera sur les précédentes,  et sous les prochaines. Rappelons-nous que le mainframe et le Cobol sont encore présents alors que ces technologies datent du milieu du siècle, dernier…

Les bénéfices du cloud au sens IAAS et PAAS sont indéniables maintenant que les offres sont matures. Comparer les performances des clouds américains est un sujet passionnant qui est, et sera encore, à l’ordre du jour dans 10 ans. Qui sait d’ici là, des acteurs français entreront peut-être dans l’arène si les capitaux privés (et les politiques…) décident, enfin, d’investir à la hauteur des enjeux que représente ce domaine ô combien stratégique et souverain…

Par-delà la technique, il est un sujet dont les entreprises doivent se saisir : les conséquences économiques et patrimoniales de ce nouveau modèle. Ce doit être une préoccupation pour les DSI et les équipes Achats. Faute de quoi, c’est tout le patrimoine de l’entreprise qui sera demain dans les mains des clouds providers.

 

L’hébergement et la confidentialité des données sont désormais des enjeux presque compris à défaut d’être sous contrôle. Notons que la préférence nationale a triomphé, au grand dam de l’efficacité et du time to market. Mais qu’importe, les entreprises ont eu gains de causes. Il en aurait été de même, dans un temps, beaucoup plus court, si l’assemblée nationale et la commission européenne avaient travaillé sur un cadre réglementaire européen adapté au lieu de chercher à sanctionner ceux qui font. Mais c’est ainsi, nous sommes aussi responsables car électeurs …

Les projets de Datacenters français (Microsoft, Oracle…) vont accélérer le développement des solutions et la compétitivité des offres des fournisseurs américains et la dépendance des clients français.

Sur le sujet des logiciels le cloud est un danger, une menace. Aujourd’hui, tous proposent 2 modèles pour la gestion des licences :

–       Un modèle dit de « BYOL »  (bring your own license)

–       Un modèle « all inclusive » où les logiciels sont intégrés dans les services

Dans le BYOL, le client « fournit » les licences au cloud provider lorsqu’il souscrit un service. A condition que son contrat le permette. Il en reste donc propriétaire, et continue de porter les droits et obligations contractuels afférentes (paiement des sommes dues, obligations juridiques, conformité…).

La propriété des licences offre une certaine forme de liberté s’il décide un jour de quitter son fournisseur de services ou de ré-internaliser sa production. Mais le BYOL peut s’avérer dangereux.

–       Le DSI doit en permanence veiller à ce que le service fourni par son prestataire n’affecte pas ses besoins en licences. Si on parle de licences aux processeurs par exemple (OS, Middleware, Bases de données), il devra veiller à ce que les droits détenus correspondent à l’infrastructure mise à disposition. Le monitoring, ou l’inventaire cloud, deviennent donc centraux dans ce ménage à trois, et l’on sait que le reporting n’est pas toujours le fort des clouds providers

–       Il devra aussi s’assurer que les licences transférées vers le cloud n’affectent pas son run sur ses infrastructures privées

–       Enfin, les contrats devront être analysés au plus près afin de s’assurer que les actifs peuvent être transférés à un tiers (levée des restrictions d’usages, définition des bénéficiaires du contrat…)

Le plus grand danger provient des offres « all inclusive » alors que ce modèle peut paraître alléchant. Le DSI achète un service packagé performant (puissance, stockage, logiciels), dans le même temps, il se débarrasse de sa gestion des licences et, il transforme en OPEX un amalgame de coûts disparates. Au début les prix sont très compétitifs, quelques euros par heure pour une base Oracle ou SQL, plus de contrat à gérer, ni true up.

Alors que le DSI a résilié, ou transformé tout ou partie de ses vieux contrats de licences pour aller dans le cloud, il risque de faire face à plusieurs effets cumulatifs :

–       Les prix des VMs (et des softwares embarqués) sont susceptibles de varier à tous moments. Au début les doses sont abordables puis une fois dépendant, les prix montent, alors que dans un contrat de licences classiques des clauses de maintien de prix existent. Cet effet s’observe aussi sur le SAAS. Tous les clients Microsoft voient aujourd’hui leurs prix d’Office 365 augmenter de 20 ou 25% lors de leur renouvellement de contrat.

–       Le choix des éditions et des versions dépendra du cloud provider qui pourra pousser à des évolutions pour répondre à ses besoins d’industrialisation ou à ses accords commerciaux

–       Il peut être forcé de changer de technologie si son provider fait évoluer son catalogue. Rappelons-nous que la majeure partie des clouds providers sont des éditeurs qui distribuent aussi des solutions logicielles tierces. Si un conflit apparaît entre deux fournisseurs, le client peut perdre gros.

–       Plus grave, le DSI se retrouvera sans logiciel s’il décide de quitter son provider pour ré- internaliser ou aller ailleurs. Ayant dénoncé ses contrats de licences pour aller vers le cloud, il disposera au mieux de licences obsolètes (non maintenues), voire rien, s’il a mal négocié sa sortie et renoncer à ses licences (certains éditeurs imposent de renoncer à ses licences en cas d’arrêt du support)

–       Il aura, tout comme avec le BYOL, la plus grande difficulté à compter les licences utilisées pour piloter son parc et répondre aux audits qui ne s’arrêtent pas aux portes des clouds providers

Le cloud est une évolution technologique profitable mais rappelons-nous que les fournisseurs qui interviennent sur ce marché sont tout sauf des philanthropes. Accessoirement, ce sont les mêmes qui œuvrent depuis des années avec succès, et parfois indélicatesse, dans d’autre domaines comme les services, les logiciels ou le matériel. Pour bénéficier au maximum de ces avancées, il est indispensable de faire évoluer dès maintenant les processus de la DSI (et des métiers utilisateurs) en premiers lieux desquels l’inventaire, le metering et le pilotage de ces contrats d’un nouveau genre, faute de quoi la dépendance risque d’être grande et l’addition importante….

 

M Meny – décembre 2016

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